Retraites : vers l'affrontement jeunes / vieux ? (01/10/2010)
Cinq responsables syndicaux et étudiants de SUD et d'ATTAC publient dans le journal Le Monde daté 1er octobre une tribune visant à mobiliser les jeunes contre la réforme des retraites en cours. Au-delà, on y voit poindre une évolution annoncée, y compris sur tessolidaire.com : la montée de la révolte d'une jeunesse précarisée contre les ruineux avantages acquis dont ont bénéficié et bénéficient encore à leur dépends les générations précédentes : emploi, retraite, sécu, assurance chômage, 35 heures, dette de l'État...
Au risque de dresser à terme les vieux contre les jeunes alors que les vrais responsables de la crise actuelle, des difficultés de la jeunesse, de l'évaporartion de la protection sociale sont ailleurs et jouent le conflit dilatoire des générations...
Aurélien Boudon (SUD Etudiant), Marie Prieur (SUD Etudiant), Sylvain Terrien (SUD Etudiant), Sophie Banasiak (Attac Campus), Célia Gourzones (Attac Campus) en veulent manifestement plus au pouvoir qu'aux anciens. Toutefois, bien des propos, presque subliminaux, leurs échappent et révèlent une tension croissante entre jeunes et vieux. Exemples :
" Les jeunes, qui sont pourtant les premiers concernés, sont tout particulièrement ignorés et méprisés par le gouvernement ; leurs organisations n'ont même pas eu droit au semblant de concertation dont ont dû se contenter les syndicats de salariés.
(...) Il est nécessaire de rétablir la vérité : loin d'assurer, pour l'avenir, l'équilibre financier de notre système de retraite par répartition, le projet actuel se traduira, pour les jeunes d'aujourd'hui, par une augmentation du chômage et, une fois arrivés à la retraite, par des pensions diminuées.
(...) Le report de l'âge de départ à 62 ans aura pour effet immédiat une augmentation du taux de chômage des jeunes qui s'élève déjà à 24 %.
(...) Ainsi, le gouvernement exclut de l'emploi ceux qui ont besoin de travailler et force ceux qui voudraient s'arrêter à continuer deux ans de plus. C'est exactement le contraire du principe de solidarité entre les générations qui veut que les plus âgés laissent leurs emplois aux plus jeunes qui peuvent alors cotiser et ainsi participer au financement des retraites.
Puis les jeunes générations paieront une seconde fois l'addition de la réforme : avec l'allongement de la durée des études ainsi que de la période de chômage et de précarité qui les suit désormais dans la plupart des cas, l'âge moyen d'entrée dans l'emploi stable est aujourd'hui de 27 ans. Dans ces conditions, atteindre le nombre d'annuités requis pour une retraite complète deviendra impossible (le Conseil d'orientation des retraites estime que la durée réelle de cotisation est aujourd'hui de 37,5 annuités et descendra à 37 ans en 2035). Nombre de salariés devront alors attendre l'âge de 67 ans pour pouvoir prendre leur retraite sans subir une décote pouvant aller jusqu'à 25 %.
(...) En affirmant aux jeunes que la réforme est faite pour eux et que ceux qui s'y opposent défendraient les intérêts de leur propre génération au détriment des suivantes, Nicolas Sarkozy et Eric Woerth cherchent à rallier à leur cause une population qu'ils supposent peu informée sur le sujet.
(...) La réforme se fait effectivement pour les jeunes, en ce sens que ce sont eux qui en subiront les conséquences. C'est cette génération qui fera l'avenir, et qui devra assumer les choix qui se font aujourd'hui".
Si on ajoute aux retraites le thème de l'endettement de la France on peut parier que le ressentiment des jeunes contre leurs aînés a hélas de beaux jours devant lui et s'exprimera de plus en plus explicitement.
Ainsi, le système inégalitaire et les régressions sociales qui frappent presque tout le monde sauront se perpétuer en divisant les générations