Le 3 janvier 2008, l'hebdomadaire "L'éclaireur du Gâtinais" (www.leclaireur.com) a publié intégralement (je l'en remercie) le texte suivant, suite à un article que j'avais jugé quelque peu anti-jeunes et xénophobe.
Je me permets de réagir à l'article paru dans l'Eclaireur du Gâtinais du 27 décembre, concernant "la délinquance en recrudescence » à Châtillon-Coligny.
Les actes mentionnés, pas toujours juvéniles, ont certainement bien des causes dont certaines sont évoquées : le chômage ou la crise du logement social conduisant à des déportations de familles du milieu urbain vers le milieu rural. A qui la faute ?
J'évoquerai aussi, l'article paru l'été dernier dans vos colonnes, signé par le Maire de Pressigny-les-Pins où deux jeunes avaient tragiquement péri. Il osait y incriminer notre modèle de société fondé sur la frustration et la convoitise attisées chez des jeunes démunis par une société médiatique et de consommation peu morale.
Dans l'article sur Châtillon-Coligny, recueillir les points de vue du maire et de l'adjudant commandant la Gendarmerie ainsi que de citoyens chenus était également légitime. Mais quel dommage que des jeunes n'aient pas été conduits à s'exprimer, au risque de donner du corps à l'impression qu'ils ont souvent d'être exclus, de ne pas avoir la parole, de ne pas être respectés.
Quel dommage aussi que l'allusion ou l'amalgame effleurent si souvent dans la nostalgie de la supposée "quiétude" d'antan qu'il donne finalement l'impression d'être dirigé contre les jeunes et les nouveaux habitants.
Quel dommage surtout qu'aucun responsable ne s'élève au dessus des faits-divers rapportés pour traiter sérieusement de la question de la jeunesse à Châtillon-Coligny et dans ses environs.
Certes, tout être humain et donc chaque jeune a une part de responsabilité dans ce qu'il fait de sa vie et on ne saurait sérieusement poser les délinquants en simples victimes expiatoires de la société. Mais les adultes, les services publics et d'abord les élus de la République ne porteraient-ils aucune responsabilité dans les tensions auxquelles on assiste?
Quelle place notre société locale offre-t-elle aux jeunes ? Que font pour eux et a fortiori avec eux les communes, la communauté de communes, le Conseil général, le Conseil régional, les services déconcentrés de l'État ? Que met-on en œuvre et avec quels moyens pour éduquer aussi en dehors de l'école ? Où sont les politiques locales de la jeunesse, les contrats éducatifs locaux, les maisons des jeunes et les autres espaces pour eux (hors les abribus !) ? Où sont dans nos rues et nos associations les animateurs socioculturels, les éducateurs de prévention ou spécialisés ? Qu'en est-il de l'accueil et de l'accompagnement des nouveaux habitants ? Où sont les lieux d'écoute des jeunes, l'information jeunesse, la coopération avec les personnels enseignants et médicaux, les conseils de jeunes, les encouragements à la vie associative ? Quelle offre, quels investissements en matière d'éducation à la citoyenneté, d'ouvertures sur l'Europe et sur le monde ou de participation des jeunes au développement local ? Etc.
Je ne prétends pas que rien n'existe mais, visiblement, ce qui existe est insuffiant.
J'espère qu'après les échéances électorales locales qui se précisent, quand les citoyens auront rendu leurs verdicts quant aux bilans des sortants, les nouvelles équipes et le nouveau conseiller général se saisiront enfin sérieusement de la question de la jeunesse dans sa globalité. En termes de répression contre les délinquants; c'est normal. Mais aussi en termes d'éducation et de prévention.
Battre sa coulpe sur la poitrine des autres et régler les problèmes des jeunes par l'incantation, la nostalgie, la stigmatisation ou la seule répression est illusoire, inefficace, voire contre-productif.
Mieux vaudrait jouer les solidarités intergénérationnelles, les solutions individualisées, les coopérations entre institutions et s'intéresser réellement à toutes les détresses intimes, familiales, secrètes, individuelles, culturelles, économiques, sociales qui, à Châtillon-Coligny comme partout, ne font pas de bruit mais fabriquent de dures souffrances ou qui font "péter les plombs" de certains jeunes.
Ce n'est qu'ainsi que Châtillon-Coligny retrouvera réellement et méritera de retrouver durablement plus de "quiétude".
Jean-Dominique Delaveau (Dammarie-sur-Loing)
Ci-dessous, une photo cliquable de Châtillon-Coligny, vu de son donjon, que j'ai prise l'été dernier

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