Le superbe lieudi
t de Briquemault (parfois écrit Briquemaut, mais c'est moins beau), est aujourd'hui situé sur la commune de Sainte-Geneviève des Bois (45). Mais ce fut une commune jusqu'à la Révolution.
Outre la beauté du site, proche du château de Mivoisin, outre sa jolie écluse sur le canal de Briare, caractérisée par un exceptionnel pont levis à flèche de 1889 (monument classé), outre son ancien moulin à eau qui s'illustra notamment pendant la Résistance, Briquemault, domaine aujourd'hui privé, est surtout connu par son château en ruines et le dernier seigneur qui y résida.
La première mention du château et de la famille de Pregrimault, propriétaire, remonte à 1240 ; la seigneurie porte alors le nom de Pregrimault.
Le château fut détruit une première fois par les anglais en 1359.
A cette époque, l'orléanais et l'auxerrois étaient dévastés par les bandes de mercenaires démobilisés de Robert Knolles. Chatillon-sur-Loing fût ravagé par les mêmes hordes, tout comme Lorris, Courtenay, Ferrières et l'abbaye de Fontaine-Jean, à Saint-Maurice-sur-Aveyron.
Reconstruit à partir de 1462 mais surtout au début du 16ème siècle, il fut détruit à nouveau en 1572, suite au Massacre de la Saint-Barthélemy, où périt Gaspard de Coligny, et à l'exécution, à Paris, peu après, d'un de ses plus fidèles lieutenants : François de Beauvais, Seigneur de Briquemault.
On peut admirer encore aujourd'hui les ruines du logis du 16ème siècle appuyés sur la courtine (muraille) médiévale du premier château.
François de Beauvais, n'en déplaise aux bons souvenirs qu'on préfèrerait garder de lui, était un leader huguenot mais aussi un chef de guerre particulièrement violent et enragé. Exemple édifiant : il portait autour de son cou un collier fait des oreilles des prêtres qu'il avait tués ! On peut comprendre la rage des catholiques qui ruinèrent son château.
A notre connaissance, il ne subsiste nul portrait de ce triste sire, né vers 1502, fils d'Adrien de Briquemault et d'Alexane de Sainte Ville.
Il fit ses premières armes dans
les guerres du Piémont, au côté de l'angevin Charles 1er de Cossé, comte de Brissac et maréchal de France en 1550. Il se mit au service de Coligny en 1554.
Le 1er mars 1562, le massacre de Huguenots à Wassy (Haute-Marne) par le duc de Guise déclenche la 1ère guerre de religions.
Les protestants s'emparent notamment d'Orléans et Rouen qui furent vite assiégées par les troupes catholiques.
Pour sauver les huguenots, leurs leaders Gaspard de Coligny et le prince de Condé chargent quatre seigneurs de négocier l'aide du royaume protestant d'Angleterre : Jean II de Ferrière, Vidame de Chartres, R. de la Haye et François de Briquemault qui abandonne Rouen assiégé aux bons soins de son compère le seigneur normand d'origine écossaise Gabriel 1er de Montgomery (1526-1574).
Ces négociations aboutissent, en septmebre de la même année 1562, au traité d'Hampton Court : les Anglais enverront des troupes soutenir les protestants en Normandie. En échange, ceux-ci leur abandonneront Le Havre (Seine-Maritime).
A son retour d'Angleterre Briquemault arrache Dieppe (Seine-Maritime) aux catholiques.
Il participe ensuite marginalement à la 2ème guerre de religion mais est un héros sanguinaire de la 3ème : en 1569, il est battu en Charente, à Jarnac, où périt le prince de Condé. Puis il est victorieux à La Roche L'Abeille (Haute Vienne), défait à Montcontour (Vienne), où Coligny est blessé, participe au siège de Poitiers (Vienne), échappe aux catholiques à Bourg-Dieu (Indre), ravitaille Vézelay (Yonne), manque de prendre Bourges (Cher) par surprise.
En 1570, il arrête l'armée catholique dans la vallée du Rhône en traversant la Bourgogne et rejoignant les troupes de Coligny à Saint-Etienne (Loire).
En juin de la même année il remporte la victoire à Arnay-le-Duc (Côte d'Or) et est chargé de négocier - en vain - le mariage d'Henri de Navarre, futur Henri IV, avec la reine d'Angleterre Elisabeth 1ère.
Dans "Souvenirs du Mont Pilat", Etienne Mulsant raconte des tueries de Briquemault dans la Loire. Avec 1200 à 1500 cavaliers, il « travers
a les montagnes du Morvan, assiégea Thizy et le brûla, le 23 mai 1570.
Briquemaut fit le siège du château de Thizy, contre lequel il fut tiré 42 coups de canon. N’ayant pu s’emparer du donjon, il mit le feu à la ville...
Ensuite, il se présenta à l’escale à Lay, et mit le feu aux portes. Les habitants se rendirent à discrétion. Il s’achemina alors vers Saint-Etienne… Briquemaut fut battu au Bessat… Il repartit forcer Charlieu et repassa ainsi par Thizy.
Il se rendit de là à Cours, y détruisit le beau château d’Estieugues et s’achemina vers Charlieu, en laissant à Cours une compagnie pour finir son ouvrage. Les catholiques du pays achevèrent d’exterminer cette petite troupe" .
A Saint-Symhorien-de-Lay (Loire), d'autres témoins ont raconté comment une bande de Huguenots sous les ordres de Briquemault, pilla et saccagea l’église dans laquelle les soldats se logèrent avec leurs chevaux et "des filles de mauvaise vie" qu’ils traînaient avec eux.
Les registres paroissiaux de Saint-Forgeux ajoutent : « Ils brusloient les maisons et là où il y avoit femmes et filles, il les violoient, et là où ils alloient au fourrage et qu’ils trouvoient quelques personnages qu’ils s’enfuyaient ils les tuoient (…).De là Briquemaut s’en vint à St Simphorien et mis le feu à la porte dudit Lay, tua quinze ou seize personnes, prit un nommé Jean Luminier lequel vouloit lui baillier 100 escus pour sa rançon ; mais il ne le voulut pas et celuy-là qui le pris luy boulla un coup de pistolet à la carquelle..."
Mais Briquemault allait payer ses crimes.
Présent à Paris la nuit de la Saint-Barthélemy 1572, il se réfugie, déguisé, chez l'Ambassadeur d'Angleterre.
Sur ordre du roi Charles IX, il y est arrêté avec son ami Arnaud de Cavagnes, est déféré devant le Parlement, s'effondre à son procès où il met tout en œuvre pour échapper à la peine capitale.
Il est cependant condamné à mort et à la confiscation de ses biens le 27 septembre et exécuté le 29, avec Cavagnes.
Dans son "Histoire du Parlement de Paris"(1769), Voltaire raconte :
"C’était le temps des vacances du parlement; on assembla exprès une chambre extraordinaire. Cette chambre condamna, le 27 septembre 1572, l’amiral Coligny, déjà mort et mis en pièces, à être traîné sur la claie, et pendu à un gibet dans la place de Grève, d’où il serait porté aux fourches patibulaires de Montfaucon.
Par cet arrêt, son château de Châtillo
n-sur-Loing fut rasé; les arbres du parc coupés; on sema du sel sur le territoire de cette seigneurie; on croyait par là rendre ce terrain stérile, comme s’il n’y eût pas eu dans ces temps déplorables assez de friches en France. Un ancien préjugé faisait penser que le sel ôte à la terre sa fécondité: c’est précisément tout le contraire; mais l’ignorance des hommes égalait alors leur férocité.
(…) Par un autre arrêt du même jour, deux gentilshommes, amis de l’amiral, Briquemaut et Cavagnes, échappés aux assassins de la Saint-Barthélemy, furent condamnés à être pendus comme complices de la prétendue conspiration; ils furent traînés le même jour dans un tombereau à la Grève, avec l’effigie de l’amiral.
De Thou assure que le roi [Charles IX NDLR] et Catherine [de Médicis NDLR] sa mère vinrent jouir de ce spectacle à l’Hôtel de Ville, et qu’ils y traînèrent le roi de Navarre, notre Henri I V".
Signe des temps, le reste de la famille Briquemault se convertit au cathol
icisme vers 1640.
En 1706, le château de Briquemault passe au seigneur de Châtillon.
En 1752, les Montmorency Luxembourg obtiennent que leur terre de Briquemault soit érigée en marquisat.
Nous n'avons pas encore trouvé trace des marquis qui y vécurent.
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