Écartelée entre deux départements et deux régions
(Centre et Bourgogne), la haute vallée du Loing recèle un patrimoine et dispose
d'une population pleins de possibilités.
Le média "4589.fr"
se propose de les mettre en valeur et en débat. Pour "inventer
demain ensemble dans les interstices d'aujourd'hui".
Ce slogan et le concept innovant de "média encyclopédique des
habitants" accompagnent l'implantation, à Dammarie-sur-Loing (45),
d'une entreprise nouvelle, créée à l'été 2007.
Appelée
interstices ,
cette petite
SARL a pour finalités le développement local, la valorisation du patrimoine et
le dialogue public avec les habitants et les forces vives sur le territoire de
la haute vallée du Loing.
Elle est aussi une agence de communication et
d'édition multimédia qui intervient nationalement.
Le journalisme, la formation et l'accompagnement de
projets sont ses activités principales.
Elle résulte avant tout du vif désir du créateur de
l'entreprise de valoriser sa région d'origine en mettant ses compétences à sa
disposition.
Rédigé le 27/10/2010 à 11:30 dans EDITORIAL | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Ce mardi 26 octobre 2010, à Sète, j'ai visité et acheté un appartement de taille moyenne, conforme à ce dont je rêvais depuis longtemps, principalement à cause de son époustouflante vue sur la mer : toute la côte, de La Grande Motte à Sète, avec des échappées sur l'étang de Thau en prime. Clair, propre, au dixième étage d'une tour dominant la ville, à deux pas du centre et de la gare qui me reliera à Paris et à un prix que je juge bien inférieur aux possibilités du marché…
Je suis content de cet achat et plus encore soulagé que mon problème de choix de lieu de vie soit réglé.
C'est très récemment que mon frère et moi sommes convenus de vendre la propriété de famille où je vivais, dans le Loiret : trop grande, trop lourde à entretenir, sans avenir au-delà de nous puisque le reste de la famille, à commencer par mon unique descendant et neveu, n'y attache aucun prix. Normal : elle n'est pas leur histoire mais la nôtre et celle de tous nos ancêtres depuis sans doute deux cents ans.
C'est avec une grande tristesse, voire un peu de honte que nous en rendrons la clé. Mon grand-père m'avait fait jurer que nous ne nous en séparerions pas. Mes parents nous en voudraient surement aussi. Mais il y a des principes de réalité : plutôt que de voir la propriété péricliter et être vendue au lendemain de notre mort, nous allons tourner la page avant.
Certes, toute honte bue, le moment venu, nous profiterons un peu de l'argent que va rapporter cette liquidation du patrimoine familial si patiemment et si opiniâtrement constitué… Mais l'important était surtout de rebondir. De me recomposer, peut-être une dernière fois, avant de me décomposer un jour ou l'autre : j'aurai 60 ans dans 8 mois… Le temps passe.
M'installer au soleil et à la mer dans cette superbe région, dans cette merveilleuse ville de Sète, juste à côté de chez une amie très chère, continuer à travailler à des choses passionnantes même en touchant bientôt ma retraite, habiter mon studio de Paris quand j'y suis ou chez l'ami non moins cher qui m'héberge quand ce studio est loué passagèrement à des touristes, aller souvent en Algérie où mon cœur a aussi pignon sur rue… Le rebondissement s'annonce bien.
Outre la maison et cette magnifique région entre Gâtinais et Puisaye dont j'avais entrepris de célébrer le patrimoine et de raconter l'histoire, ce sont mes activités associatives locales et leurs hérauts que je regretterai le plus. Plus que mes activités d'élu local engagées dans une impasse face à un maire sans ambition pour la renaissance de son village et dans des conditions où nulle dynamique, nulle alternative, nulle relève sérieuse n'a pu me servir de point d'appui pour soutenir un renouveau pourtant très possible, mais que nul ne semble vouloir.
Sans doute finirai-je mon mandat que je n'avais de toutes façons jamais envisagé de renouveler.
J'espère et crois pouvoir retrouver à Sète quelques activités militantes, associatives de préférence tout en me méfiant, me défiant même de cette boulimie qui m'a toujours poussé à déborder d'activités et à me plaindre d'en avoir trop le reste du temps ! J'ai souvent dit, ces dernières années, que j'aspirais à une vieillesse contemplative. Je m'en crois assez incapable mais il me faut essayer…
Emprunter les pas de Paul Valéry et de Georges Brassens, apprendre à aimer Soulages ou marcher dans les Cévennes au bord de la mer m'y aidera peut-être.
Rédigé le 27/10/2010 à 11:10 dans EDITORIAL | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Cinq responsables syndicaux et étudiants de SUD et d'ATTAC publient dans le journal Le Monde daté 1er octobre une tribune visant à mobiliser les jeunes contre la réforme des retraites en cours. Au-delà, on y voit poindre une évolution annoncée, y compris sur tessolidaire.com : la montée de la révolte d'une jeunesse précarisée contre les ruineux avantages acquis dont ont bénéficié et bénéficient encore à leur dépends les générations précédentes : emploi, retraite, sécu, assurance chômage, 35 heures, dette de l'État...
Au risque de dresser à terme les vieux contre les jeunes alors que les vrais responsables de la crise actuelle, des difficultés de la jeunesse, de l'évaporartion de la protection sociale sont ailleurs et jouent le conflit dilatoire des générations...
Aurélien Boudon (SUD Etudiant), Marie Prieur (SUD Etudiant), Sylvain Terrien (SUD Etudiant), Sophie Banasiak (Attac Campus), Célia Gourzones (Attac Campus) en veulent manifestement plus au pouvoir qu'aux anciens. Toutefois, bien des propos, presque subliminaux, leurs échappent et révèlent une tension croissante entre jeunes et vieux. Exemples :
" Les jeunes, qui sont pourtant les premiers concernés, sont tout particulièrement ignorés et méprisés par le gouvernement ; leurs organisations n'ont même pas eu droit au semblant de concertation dont ont dû se contenter les syndicats de salariés.
(...) Il est nécessaire de rétablir la vérité : loin d'assurer, pour l'avenir, l'équilibre financier de notre système de retraite par répartition, le projet actuel se traduira, pour les jeunes d'aujourd'hui, par une augmentation du chômage et, une fois arrivés à la retraite, par des pensions diminuées.
(...) Le report de l'âge de départ à 62 ans aura pour effet immédiat une augmentation du taux de chômage des jeunes qui s'élève déjà à 24 %.
(...) Ainsi, le gouvernement exclut de l'emploi ceux qui ont besoin de travailler et force ceux qui voudraient s'arrêter à continuer deux ans de plus. C'est exactement le contraire du principe de solidarité entre les générations qui veut que les plus âgés laissent leurs emplois aux plus jeunes qui peuvent alors cotiser et ainsi participer au financement des retraites.
Puis les jeunes générations paieront une seconde fois l'addition de la réforme : avec l'allongement de la durée des études ainsi que de la période de chômage et de précarité qui les suit désormais dans la plupart des cas, l'âge moyen d'entrée dans l'emploi stable est aujourd'hui de 27 ans. Dans ces conditions, atteindre le nombre d'annuités requis pour une retraite complète deviendra impossible (le Conseil d'orientation des retraites estime que la durée réelle de cotisation est aujourd'hui de 37,5 annuités et descendra à 37 ans en 2035). Nombre de salariés devront alors attendre l'âge de 67 ans pour pouvoir prendre leur retraite sans subir une décote pouvant aller jusqu'à 25 %.
(...) En affirmant aux jeunes que la réforme est faite pour eux et que ceux qui s'y opposent défendraient les intérêts de leur propre génération au détriment des suivantes, Nicolas Sarkozy et Eric Woerth cherchent à rallier à leur cause une population qu'ils supposent peu informée sur le sujet.
(...) La réforme se fait effectivement pour les jeunes, en ce sens que ce sont eux qui en subiront les conséquences. C'est cette génération qui fera l'avenir, et qui devra assumer les choix qui se font aujourd'hui".
Si on ajoute aux retraites le thème de l'endettement de la France on peut parier que le ressentiment des jeunes contre leurs aînés a hélas de beaux jours devant lui et s'exprimera de plus en plus explicitement.
Ainsi, le système inégalitaire et les régressions sociales qui frappent presque tout le monde sauront se perpétuer en divisant les générations
Rédigé le 13/10/2010 à 21:58 dans EDITORIAL | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Outre la dérive préoccupante que connaissent actuellement les institutions de la République française sous l'effet de leur président, le désarroi général de ceux qui réalisent qu'ils ne gouvernent plus grand-chose et surtout pas la jeunesse s'exprime aussi dans leurs initiatives éducatives : c'est n'importe quoi ! Un jour, Valérie Pécresse inaugure fièrement des containers et rachète le lendemain une caserne abandonnée où on va loger des étudiants histoire de masquer la terrible et massive crise du logement qu'ils ne sont pas les seuls à subir. Le lendemain, on coupe le ruban d'un internet d'excellence et le surlendemain d'un internat pour élèves perturbateurs, deux bons petits remèdes homéopathiques laissant croupir dans le reste des banlieues la quasi-totalité des petits génies d'une part, des petits caïds d'autre part . On promeut aussi quelques jeunes défavorisés dans les rares grandes écoles d'élite qui ne les méprisent pas trop, histoire de laisser tout le reste du système éducatif dans l'injustice sociale la plus grande. Un jour, sans doute pour éviter que les étudiants rejoignent les grévistes contre la réforme des retraites, on rétablit (avant de l'avoir supprimé !) le droit des étudiants de continuer à toucher les aides au logement tandis que leurs parents bénéficient de la demi part fiscale. Le même jour, Luc Chatel annonce dans le Figaro un durcissement des sanctions à l'école tout en allant vanter à Copenhague, l'après-midi même, la tolérance et les rythmes scolaires danois. Et de ressortir la promesse jamais tenue mais au moins cinquantenaire des cours le matin et des sports et loisirs l'après-midi... Le soir on traite les Roms et les gens du voyage comme des mal élevés et le lendemain matin on continue, dans trop d'écoles, à refuser l'inscription de leurs enfants. Un jour on change les programmes scolaires. Soit. Mais la rentrée se fait sans manuels scolaires et avec de nombreux enseignants qui n'ont jamis enseigné ! Plus les élèves sont démolis par la société, plus la formation pédagogique des enseignants disparait. Comble du dérisoire dans le style arbres médiatiques cachant la forêt de la misère sociale, le 10 septembre, Fadela Amara va pitoyablement à Asnières faire du "busing" avec 11 élèves d'un quartier difficile transportés chaque jour dans une école du centre ville chicos, entérinant ainsi la ségrégation sociale qu'elle fait mine de combattre. Terminons par le service civique. D'un côté, sa version facultative relookée par Martin Hirsch pleure sur ses moyens déjà limités qui risquent de fondre encore en 2011. Par ailleurs, sous le titre" Les conditions de la victoire en 2012", Jean-François Copé, François Baroin, Christian Jacob et Bruno Le Maire ont cosigné une tribune dans le Figaro du 4 septembre. On y lit : "Pour notre famille politique, le rétablissement de l'ordre et de l'éducation sont des priorités afin de résorber les fissures qui fragilisent notre communauté nationale. Cela passe par une action concertée de tous les acteurs, sur le terrain, avec une volonté politique sans failles, qui doit prendre bien garde des effets d'annonce. C'est toujours l'écart entre le discours politique et la réalité qui fait monter les extrêmes. Pour une nation plus solide et plus solidaire, nous soutenons la création d'un service civique obligatoire. Il permettrait de confier aux nouvelles générations des missions qui les aident à prendre leur place dans la société, au service de l'intérêt général. Cet engagement fort pourrait être proposé aux Français par référendum". C'est rare qu'un texte cosigné par des Ministres cartonne à ce point l'action du Gouvernement dont ils sont membres. Cela participe de l'inquiétant capharnaüm actuel. La jeunesse y joue le double rôle de punching ball et d'objet transitionnel. Des exceptions mises en lumière cachent des règles sans cesse plus impitoyables. Si les politiciens ne savent plus quoi faire de la jeunesse, il est vraisemblable, hélas pour notre République à la dérive, que la réciproque va demeurer vraie... L'impuissance publique finit mal en général... ou en Maréchal.
Rédigé le 15/09/2010 à 20:10 dans EDITORIAL | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Bernard Stiegler est un philosophe atypique. Ami de Derrida, directeur de l'Ircam puis du développement culturel du Centre Pompidou, il a embrassé sa vocation philosophique au cours d'un séjour de cinq ans de prison pour un braquage de banque, dans les années 80. Son livre "Prendre soin, de la jeunesse et des générations"(Flammarion, 2008, environ 21 Euros) et, au-delà, sa réflexion iconoclaste sur l'éducation et la jeunesse méritent qu'on s'y arrête.
Dans plusieurs livres comme avec son association Ars Industrialis, Stiegler construit et propose une « écologie de l'esprit » :tout comme il faut prendre soin des milieux naturels, il faut se soucier de la nature des milieux psychiques dans lesquels naissent et se développent les jeunes.
La thèse majeure de Stiegler est que l'époque actuelle se caractérise par une tendance à la destruction et à la perception de « l'esprit », du « désir » et de « l'intelligence ». Contre les tendances à l'abêtissement de masse, au « degré zéro de la pensée », aux comportements compulsifs et dépressifs stimulés par la marchandisation, les modes, les marques, les médias, sources majeures d'incivilité et d'irresponsabilité des jeunes, il faut livrer une « bataille de l'intelligence ».
Stiegler démonte ce qu'il nomme tantôt « le capitalisme pulsionnel », tantôt « le populisme industriel » : une économie de consommation et non plus de production, à visée comportementaliste et dont le moteur se trouve dans la conjonction du marketing , de la « société de services », et de l'utilisation massive des medias « psychotechnologiques».
Selon lui, à l'image du "temps de cerveau disponible" dont parlait l'ex-PDG de TF1 Patrick Le Lay, des groupes industriels mondiaux cupides visent explicitement à contrôler notre esprit à leur profit.
Les médias contre l'école et contre la famille
Cette logique se heurte, selon Stiegler, à l'institution familiale et à l'école qui ont traditionnellement pour fonction de "programmer" des conduites, des savoir-faire, des savoirs. Les familles et les enseignants ont à rivaliser avec les « programmes » télévisuels et plus généralement médiatiques. La question de la « démission des parents » devrait être instruite à partir de la compréhension de cette lutte entre institutions et industries de programmes.
La "télécratie", comme son nom l'indique aurait pour but et pour effet de prendre à distance le contrôle des programmes comportementaux qui régulent la vie des groupes sociaux, et donc d'en dessaisir le système éducatif, pour les adapter aux besoins immédiats du marché (cf. un des précédents ouvrages de Stiegler : La Télécratie contre la démocratie).
Ce que les parents et les éducateurs (du moins lorsqu'ils sont demeurés "majeurs" eux-mêmes) transmettaient ancestralement à travers l'éducation sur la base de ce que la civilisation leur paraissait avoir accumulé de plus précieux, les industries audiovisuelles le défont systématiquement, quotidiennement, avec les techniques les plus brutales et les plus vulgaires tout en accusant les familles et le système éducatif de cet effondrement ! Selon Stiegler, cette incurie constitue la cause première du délitement de l'enseignement et des roles familiaux.
Pour remédier à cette situation, il se réfère aux bases culturelles de l'"école de Jules Ferry", fondée sur le livre et la lecture "programmant" une volonté, des attitudes, des valeurs et un esprit critique dont chacun se saisissait plus ou moins mais qui servaient de références claires et majeures. L'école est et doit redevenir ce qui forme l'attention, à la base de tout système de soin des autres et de soi.
Pour Stiegler, la pratique de l'écrit est indispensable à une « attention rationnelle ». Le concept d'attention est à prendre ici en plusieurs sens : Stiegler parle à la fois d'attention psychique et d'attention sociale : « être attentif » et « faire attention », prendre soin.
Commentant des travaux récents établissant un lien de causalité entre le déficit d'attention dont souffrent un nombre croissant de jeunes et l'omniprésence autour d'eux, dès l'enfance, de postes de télévision et autres instruments de stimulation auditive et visuelle, Stiegler dresse un tableau inquiétant des conditions actuelles de développement du cerveau humain dans un milieu qui lui serait devenu particulièrement "toxique". La réception des objets audiovisuels développe une toute autre attitude psychique que le livre. La lecture est commandée par le lecteur lui-même alors que la perception audiovisuelle est souvent indépendante de la volonté Autre différence : savoir lire c'est nécessairement savoir écrire, et réciproquement, alors que le spectateur audiovisuel est le plus souvent réduit à une position de consommateur non producteur.
Ce que Stiegler appelle « misère symbolique » tient notamment à cette dissociation entre des individus producteurs de symboles et la grande masse de ceux qui les reçoivent en ne pouvant que les consommer sans être capables d'en émettre à leur tour.
En outre, la transmission scolaire à travers l'écrit permet la médiation décisive du « maître » alors que la diffusion des programmes audiovisuels se déverse souvent d'elle-même et aggrave le relâchement de l'attention et de la concentration.
Le remède : une écologie de l'esprit
Certes le livre peut colporter dogmes ou « catéchismes » et générer un conditionnement mental. Certes, a contrario, les objets audiovisuels peuvent être l'occasion d'une authentique formation de l'attention critique et du goût artistique. Mais ce n'est surtout le cas de la très grande majorité des images et des représentations qui atteignent les jeunes d'aujourd'hui.
Comment faire, notamment à l'école, pour que le nouveau milieu technique dans lequel se développent désormais les cerveaux et les esprits ne soit pas « toxique » ?
Pour Stiegler, il s'agit là d'un enjeu politique qui doit prendre la forme d'une forme de « thérapeutique », d'un prendre soin, dont l'un des premiers mouvements doit être de contrôler l'industrie culturelle - comme on contrôle déjà par exemple l'industrie pharmaceutique - afin de limiter au minimum ses effets toxiques et addictifs.
Il s'agit aussi de « transformer le poison en remède » en développant les vertus formatrices des "nouveaux produits spirituels" et de favoriser leur appropriation critique.
Tout ceci constitue l'armature de ce que Stiegler nomme une « psychopolitique » : "La finalité d'un tel programme devrait être de créer, entre le système éducatif que forment les familles, les écoles, les collèges, les lycées et les universités, d'une part, et d'autre part le système éditorial, dont les industries culturelles et de programmes sont devenues le principal secteur, un nouveau système de soin au service d'un modèle industriel repensé en fonction de cette priorité : la transformation organologique de l'intelligence individuelle et collective - dans et par un modèle industriel ayant dépassé l'époque du consommateur."
(...) Questions environnementales, politique industrielle, politique éducative, règles encadrant les médias de masse, politique des nouveaux médias : tout cela constitue une seule et même question, et on peut l'appeler la bataille contemporaine de l'intelligence - une bataille incomparable au regard de toute l'histoire de l'humanité.
Il s'agit ici non seulement d'écologie (de l'esprit et par voie de conséquence des environnements naturels où vivent et que transforment les êtres pharmacologiques que nous sommes), mais d'hygiène, c'est-à-dire de soin au sens le plus classique qui soit."
Les ravages du déficit de contrôle du capitalisme ne sont pas que financiers ou écologiques. Ils sont aussi sociaux, culturels, éducatifs. On l'oublie d'autant plus que c'est ce capitalisme là qui nous informe et forme désormais, pour l'essentiel, nos enfants et même les mentalités dites "adultes"...
Sur ce terrain, il y aurait tant à dire et à faire, pour la Gauche et son projet de "société du care". Regardons la télé pour savoir si ça sera le cas ?
Source : pour cette synthèse, nous nous sommes inspirés du compte-rendu paru sur l'excellent site de débats sur l'école http://skhole.fr/ .
Cet édito me rappelle un de mes deux ou trois dessins préférés sur cette terre et qui me suit depuis une petite trentaine d'annéées : une parfaite allégorie du métier d'éducateur...
Rédigé le 31/08/2010 à 14:07 dans EDITORIAL | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
L'été est torride pour la pensée politique qui se vautre dans le néant et la fange quand, dans le même temps, bien plus discrètement, émergent de nouvelles théories qui sont, elles, sans doute, porteuses d'avenir meilleur et de civilisation...
D'un côté, des démagogues de passage en quête d'une réélection que leurs multiples échecs devraient leur interdire, stigmatisent cyniquement les "racailles" "d'origine étrangère", les gens du voyage, les Rom où les exciseurs polygames avec une irresponsabilité inouïe depuis Pétain. Aux manettes de la République ils incarnent l'État français dans ce qu'il a déjà eu de plus veule, alimentant ainsi désormais le délitement social, la violence et l'insécurité liberticide qu'ils prétendent combattre.
De l'autre, heureusement, des sociologues travaillent, cherchent, s'interrogent, trouvent, proposent de vraies solutions aux vrais maux de notre société, ouvrent des perspectives, notamment à l'éducation et donc à la jeunesse.
On les reconnait aussi à ce que l'économie sociale et solidaire leur est moins étrangère que le CAC 40, la jet set et les paradis fiscaux chers à nos élites dirigeantes.
Sans remonter à Marcel Mauss dont il commence à se dire haut et fort (Le Monde daté du 7 août) que les héritiers anti-utilitaristes détiennent les clés de l'avenir,
sans remonter à Pierre Bourdieu dont on lira toutefois avec profit, sur la plage, les édifiants morceaux de bravoure sur la violence et la domination symboliques que nos dirigeants politiques devraient lire s'ils s'intéressaient à l'intelligence,
sans embaumer prématurément, quoiqu'il le mérite, dans le sillage du Nouvel Obs de cette semaine ("Géant de la pensée"!) Edgar Morin, sa "complexité", sa "méthode" et sa "politique de civilisation" avec laquelle flirta Sarkozy avant de préférer les propos barbares,
notons et lisons sur la même plage deux démarches iconoclastes qui se sont affirmées plus récemment.
Bref, tandis que ceux qui nous gouvernent tombent bien bas en maniant les boucs émissaires, des penseurs nous remontent le moral en visant haut et en voyant loin, par delà les discriminations sociales, ethniques ou sexuelles.
Raison de plus pour les lire sur la plage. Avant les pavés de septembre ?
Rédigé le 06/08/2010 à 18:12 dans EDITORIAL | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
J'ai entrepris de rédiger une histoire de la haute vallée du Loing, des origines jusqu'à la Révolution de 1789. Je procède chronologiquement et en suis aux premiers saints de la chrétienté ayant exercé une influence dans la région : Martin de Tours, Germain d'Auxerre, Loup de Troyes, Saint-Prix…
En marge de ce travail, à paraître dans longtemps…, j'ai voulu approfondir l'histoire du plus local des grands saints, Ythier, né à Nogent-sur-Vernisson (45), à 12 kilomètres de mon village.
Comme toujours dans la vie des saints, la réalité s'est mêlée à beaucoup de fictions pour enjoliver des faits plus ingrats, servir la hiérarchie catholique, attirer les fidèles…
J'ai recoupé les sources pour vous raconter une vie d'Ythier plausible, à défaut d'être certaine.
Surtout, je me suis rendu à l'étang, la fontaine et la tour de Saint Ythier, au fin fond des terres de Nogent-sur-Vernisson, à la limite de la commune des Choux. Une promenade que je recommande, bien que le site lui-même, accessible par des chemins publics, soit hélas désormais privé.
Les photos témoignent de mon émerveillement en ce lieu historique, sauvage, paisible et beau…
Le futur Saint Ythier (ou Ithier, Itlutrius en latin) naît à Nogent-sur-Vernisson (45) vers le milieu du 7ème siècle.
Il acquiert une grande culture, devient un pieux médecin et soigne avec opiniâtreté les âmes et les corps.
Il recherche la solitude et l'isolement, se réfugie dans des lieux sauvages, mais les malades le poursuivent partout pour être guéris…
On ne sait comment il parvint à Nevers mais on raconte qu'il y fût appelé par les fidèles, suite à la mort de leur évêque Rogus. Il est élu à sa succession et confirmé évêque par le pape, vers 690.
Tout de suite après, le pape Sergius 1er lui envoie ses légats et le fait venir à Rome où il séjourne 18 mois avant d'être rappelé à Nevers par les fidèles et le clergé du crû.
Il y demeure alors évêque jusqu'à sa mort, sans doute en Berry et sans doute en juillet 696.
De nombreuses guérisons, miraculeuses ou non, lui sont attribuées, tout au long de sa vie.
Son corps sera rapatrié à Nogent-sur-Vernisson mais, au 16ème siècle, il est brûlé par les Calvinistes, pendant les Guerres de religions.
Entretemps, en 1403, le prieur de Nogent avait donné à Jean, duc de Berry, pour la collégiale des Aix-D'angillon, consacrée à Saint Ythier, une partie de la tête et d'un bras du saint évêque.
C'est parmi les reliques du trésor de la collégiale de Sully-sur-Loire, également consacrée à Saint-Ythier, qu'un doigt du saint fut rapporté à Nogent, en 1656 ,et conservé comme relique dans l'église locale. Il fût même "authentifié", selon un procédé qui nous est inconnu…, en 1840.
Avant la Révolution, on fêtait le saint à Nogent le 17 juin. Depuis que la paroisse a quitté le diocèse de Sens pour celui d'Orléans la fête a lieu le 9 juillet. De nombreuses églises sont consacrées à Saint Ythier, dont celle de Boismorand (45).
La fontaine de Saint-Ythier se situerait à proximité de la maison familiale où le saint est né et a été élevé. On y connait des pèlerinages depuis au moins le 11ème siècle. Les pèlerins s'y rendent en processions en cas de calamités publiques et notamment de sécheresses ou pour implorer la guérison des malades.
Sources principales : Vie de Saint Ythier, imprimée à Bourges, chez Toubeau, 1657 et La France pontificale (Gallia christiana), histoire chronologique et biographique des archevêques et évêques de tous les diocèses de France depuis l'établissement du christianisme jusqu'à nos jours, divisée en 17 provinces ecclésiastique. Sens et Auxerre (Honoré Fisquet, éditeur E. Repos, Paris, 1864-1873. En ligne sur Gallica-BNF : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k204176g )
Rédigé le 30/07/2010 à 19:14 dans HISTOIRE, NOGENT-SUR-VERNISSON, TOURISME | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Mon édito ci-dessous, sur le thème de la Renaissance, a ramené à mon esprit la haute figure d'Érasme, que je vénère depuis longtemps, et mon désir de le faire connaître à tous ceux qui l'ignoreraient.
Hollandais de Rotterdam, d’origine modeste, devenu une des plus grandes figures de son temps. Il suit d'abord les enseignements de diverses écoles dont celle des Frères de la Vie Commune, qui mêle vie active et contemplation, Bible et auteurs de l’Antiquité païenne. Naît en lui l’ambition de débarrasser le christianisme du filtre nuisible d'une scolastique pédante et ésotérique.
À 17 ans, il prend le nom de Desiserius Erasmus Roterodamus (erasmos signifiant en grec « l’aimé »). Après une vie monastique où il accumule un savoir encyclopédique, il est nommé prêtre à vingt-cinq ans .
Sa vie sera dès lors jalonnée de longs voyages à travers l’Europe, de l’Italie vers l’Angleterre en passant par la France.
Entre 1500 et 1503, il publie les Adages et le Manuel du Soldat Chrétien, qui propose une réforme catholique libérale, fondée sur la charité. Il s’attelle ensuite à une traduction du Nouveau Testament et séjourne longuement en Italie, où la publication de ses Adages ainsi que ses éditions d’auteurs grecs (Platon, Plutarque) ou latins (Plaute, Térence, Sénèque) le classent parmi les plus grands savants de son époque.
Puis il retourne en Angleterre chez son ami Thomas More où il y rédige en quelques jours son fameux Éloge de la Folie, joyeux sermon plein de paradoxes visant à réconcilier Socrate, Salomon et le Christ.
Il retourne ensuite aux Pays-Bas et fait de nombreux séjours à Bâle, où il prépare l’édition de sa traduction de la Bible. Cette publication va déclencher l’hostilité des théologiens réactionnaires mais, tout autant, l’influence grandissante de Luther embarrasse Érasme. On lui reproche d’avoir « couvé l’oeuf » de l’«hérésie luthérienne» et les Réformés lui font des avances… Lui plaide l’unité et la réconciliation.
François 1er cherche à l’attirer à la Cour, mais pour rester indépendant, il refuse.
En 1521, il quitte définitivement les Pays-Bas et s’installe à Bâle. Il se querelle avec Luther, à coups d’essais philosophiques. Face au danger des guerres de religion, il reste un pacifiste convaincu. Il refuse de prendre parti et proclame que l’Europe doit s’unir et que l’Église doit tout faire pour retrouver son unité perdue.
Face à la montée de l’extrémisme, il est obligé de fuir à Fribourg. Il reviendra à Bâle passer la dernière année de sa vie.
Son objectif humaniste est fondamentalement positif, rationnel, tolérant et émancipateur : sélectionner chez les Anciens, comme dans l’Ancien Testament, les idées conciliables avec le message évangélique.
Il est en ce sens un des premiers penseurs sinon laïque du moins critique et ouvert face aux dogmatismes, attaché aussi à partager la culture avec le plus grand nombre.
C'est cette capacité critique et synthétique non seulement pour penser par lui-même mais pour partager le plus largement possible le débat intellectuel qui me rend depuis très longtemps très admiratif d'Érasme dont je fais, dans mon enseignement, le plus ancien pionnier de la laïcité et de l'Éducation populaire.
Source des informations : BNF - Ci dessus Erasme par Holbein (1523) - Ci-dessous Erasme par Quentin Massys (1517)
Rédigé le 28/07/2010 à 19:00 dans EDITORIAL, EDUCATION, HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Le comportement de la jeunesse reflète-t-il les valeurs de la société dont elle hérite ? Et s'il n'y a plus guère que l'argent et la débrouille individuelle comme valeurs, comment la jeunesse se comporte-t-elle ?
Le syllogisme que nous venons de tenter de développer trouve vite ses limites. La jeunesse est le contraire de l'unité et de l'indivisibilité d'une part et, d'autre part, face au monde qu'elle découvre, elle se divise depuis toujours selon des attitudes d'ailleurs souvent mêlées et successives : approuver, contester, rejeter, ignorer ou réinventer...
De sorte que l'avenir n'est heureusement pas écrit d'avance, même si on peut penser que c'est logiquement que notre société de marché cupide, dangereuse et sans foi ni loi fabrique de plus en plus de jeunes asociaux et, parmi eux, trop de délinquants dont la violence est à la mesure de la souffrance.
On voit bien là que cette société est en train de tomber au fond du piège qu'elle s'est tendue. L'absence de projet collectif, l'ascenseur social, le lien, le contrat, la cohésion et le progrès éponymes en panne, l'exaltation des réussites individuelles bling bling sous le nez de tant de jeunes assignés à ne pas sortir de la misère, la domination de l'économie sur la culture et de la convoitise sur la sagesse, l'affaiblissement de la crédibilité des lois et des politiciens, le délitement où la ruine des solidarités, le règne des arnaqueurs de tous acabits ont produit leurs effets : l'impuissance publique d'une part, la désespérance brouillonne d'une jeunesse majoritairement désabusée et dégoûtée de l'autre.
Le fond de la nasse est là : on n'a plus assez de lois, de policiers, de vidéosurveillance, de prisons et, pire, de boucs émissaires , tels les "jeunes des cités" ou les gens du voyage, pour cacher la vérité : la République française a accouché d'un monstre, sa propre caricature. Une liberté sans espaces, une égalité sans réalité, une fraternité devenue purement tribale.
C'est déjà arrivé avec la Réforme, puis avec la royauté absolue puis avec l'État français vichyssois, voire avec Mai 68. Il s'est toujours heureusement passé quelque chose d'hélas violent pour que ça change.
Ceux des jeunes qui, dans ces moments là, ont refusé de se résigner ou de se soumettre ont toujours pris une grande part à ces changements. Et ils avaient des idées de rechange : le protestantisme, les Droits de l'Homme, la construction d'une Europe démocratique, la liberté de parole et de m½urs...
Aujourd'hui, quoiqu'on en dise, les éléments d'un monde plus heureux et à nouveau gouvernable sont également prêts à servir : plus de richesses que jamais, des réseaux sociaux, des technologies et des outils de communication époustouflants, une soif de liberté, d'égalité et de fraternité planétaires, une économie sociale et solidaire pour refonder les échanges économiques, une vison participative, humaniste, écologique de la démocratie, du débat et de l'espace publics et l'énergie de la jeunesse face à l'échec du pouvoir impuissant des plus vieux ...
Un nouveau logiciel du monde est possible pour remplacer celui qui bugue et ne vaut plus rien. Il n'a pas encore trouvé de traduction politique d'envergure mais il fonctionne déjà, ici ou là, à coté de l'ancien, poussif, à débrancher au plus tôt.
Tous les jeunes qui ont besoin d'espérer pour vivre savent en tous cas les pièges qu'ils ont à éviter et ce qu'ils ont à entreprendre de mieux : une Renaissance.
Après les "racailles" des cités, le pouvoir impuissant en échec a trouvé de nouveaux boucs émissaires : les gens du voyage. Et si c'était aussi la pauvreté des uns et des autres le problème ?
Rédigé le 28/07/2010 à 18:31 dans EDITORIAL | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Après moult polémiques entre enseignants, leprogramme de sciences économiques et sociales (SES) pour les classes de première ES (filière économique et sociale) vient d'être approuvé par rien moins que le Conseil supérieur de l'éducation (CSE).
Las ! On cherchera en vain dans le texte que nous publions ci-joint, la moindre référence à l'économie sociale, à l'économie solidaire, aux coopératives ou aux mutuelles. Si les associations sont citées, c'est pour leurs avantages fiscaux ou les réseaux sociaux...
Misère de l'esprit à l'heure où le monde cherche à refonder son économie et où, en France, le rapport Vercamer sur l'économie sociale et solidaire (que Tessolidaire.com évoque par ailleurs) a fait naître des espoirs d'enseignement de ces disciplines déjà donc déçus...
Misère de l'esprit aussi pour notre monde enseignant qui a eu voie au chapitre sans revendiquer l'apprentissage de cette dimension. Et pour cause : la plupart de ses leaders, rivés aux logiques des services publics d'état, ignorent ou ne veulent pas savoir qu'il est d'autres moyens économiques de servir également l'intérêt général.
Plus grave, ce n'est que dans très peu de cursus universitaires ou de grandes écoles que les jeunes qui étudieront découvriront l'ESS.
Pour ceux qui ne franchiront pas la barrière du bac, peu de chances aussi qu'on leur explique la fonction économique du volontariat civique qu'ils effectueront peut-être ou de l'association d'insertion qui les accueillera...
Ainsi va un monde et une France à la dérive qui ont des alternatives humanistes, démocratiques, durables et porteuses de liens sociaux et de cultures nouvelles à la portée de leur intelligence mais qui ne veulent même pas les reconnaître ni les enseigner.
Heureusement qu'il y a des cancres de la pensée unique, des sauvageons de l'esprit critique, des jeunes rebelles et révoltés, des Rimbaud contre les Rambos qui, dans tous les domaines de l'ESS, refusent dès l'adolescence de penser en rond et s'enthousiasment à conjurer le sombre avenir que leurs aînés leur préparent, même à l'école.
Télécharger le nouveau programme des classes de première (pdf, 83.86Ko)
Cadeau bonus, la question du jour : l'argent retenu sur les allocations familiales des parents pauvres dénoncés par les enseignants en raison de l'absentéisme scolaire de leurs enfants permetra-t-il d'augmenter les remboursements de l'Etat au titre du bouclier fiscal de Mamie Liliane Béttencourt ?
Rédigé le 02/07/2010 à 22:50 dans EDITORIAL | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

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