"Pour 50 millions, on n'a plus rien…"
Je suis intervenu récemment dans la presse locale , sous ce titre, pour dénoncer la main mise de la Chambre d'agriculture du Loiret sur un coûteux programme destiné, normalement, à corriger les ravages écologiques causés dans la région par l'agriculture pollueuse et productiviste promue par cette même Chambre d'agriculture !
Les deux hebdomadaires locaux "L'Eclalreur du gâtinais" et "Le journal de Gien" ont bien voulu publier ma tribune. J'ai reçu de nombreux soutiens et reçu l'assurance du Président du Conseil régional François Bonneau d'un ré-examen de cette affaire... Entre Zorro, Zola et José Bové, voici ce texte; il ne demande qu'à être commenté :
Le syndicat mixte du Pays gâtinais qui fédère 75 communes du Loiret vient d'adopter un "Contrat global Loing en Gâtinais" visant à restaurer la qualité des eaux de rivière et des nappes phréatiques du bassin du Loing et de ses affluents, dans une bonne partie du département du Loiret. Près de 50 millions d'euros devraient être mobilisés sur 4 ans, principalement de la part de l'Agence publique de l'eau Seine Normandie, du Conseil régional Centre et peut-être du Conseil général du Loiret.
On pourrait se réjouir si, à la lecture des nombreuses mesures cosmétiques qui composent le plan on ne découvrait que son efficacité n'est nullement garantie, au contraire, et pour cause.
D'abord parce qu'il ignore totalement l'amont du bassin du Loing situé dans l'Yonne. Le Pays gâtinais n'est pas une île et on se saurait sérieusement traiter les graves problèmes de son environnement naturel sans remonter jusqu'à la source du Loing et considérer le bassin écologique dans son ensemble, en partenariat avec les acteurs de l'autre côté de la frontière : la Bourgogne. Mais l'esprit de clocher et l'étroitesse de vue ont fait leur œuvre…
Deuxième source de scepticisme, l'absence, comme pilotes, acteurs et évaluateurs du "contrat", d'autres partenaires que les élus, les responsables de syndicats des eaux et autres "experts" techniques. Une seule association, sur son insistance, est concernée, et c'est heureux: la Fédération départementale de pêche. Mais nulle association de défense de la nature, nul mouvement écologiste ou de consommateurs, nulle organisation citoyenne ou syndicale ni même aucun service public ou de l'État ne sont conviés. Aucune initiative sociale, éducatrice ou culturelle n'accompagne non plus un plan qui, pour réussir, aurait évidemment dû mobiliser les milieux éducatifs et associatifs, culturels et du patrimoine, les enseignants, les enfants, les jeunes, les scientifiques…Bref, on demeure "entre soi" sur son petit territoire et la société civile reste à la porte, sauf pour payer. Ainsi chercherait-on en vain, dans le "contrat", toute référence au "Grenelle de l'environnement".
Hélas, et c'est le pire, en lisant le document, on comprend vite pourquoi. Parmi les signataires et les maîtres d'œuvre on trouve en effet… la Chambre d'agriculture du Loiret. Celle-là même qui, depuis des décennies, promeut l'agriculture productiviste, le lobby agro industriel et ses chimiquiers, les syndicats de possédants et les opinions conservatrices. Celle là même qui, soutenue par les menées intéressées du Crédit Agricole, poussant à l'investissement, la mécanisation et à la productivité, a obtenu la liquidation des trois quarts des exploitations et des agriculteurs, l'endettement et l'assistanat européen des autres et surtout, la pollution profonde, pour des décennies au moins, de nos cours d'eau, nos rivières, nos nappes phréatiques, nos captages d'eau potable. Sans parler de la "malbouffe"…
Or, non seulement le "contrat global" ne profère aucune menace contre les pollueurs mais il financera largement, avec l'argent public, la réparation de leurs dégâts. Il donnera même des primes à l'hectare et paiera de nouvelles machines agricoles, sans engagement formel de moins polluer.
Cerise sur le gâteau : la Chambre d'agriculture doit cyniquement participer au recrutement, voire au détachement du technicien chargé de mettre en œuvre le large volet agricole du "contrat". Un peu comme si Ben Laden était chargé de garantir l'efficacité d'un plan de lutte contre le terrorisme.
Bref, le lobby dévastateur des intérêts particuliers agricoles vient de réussir un joli coup, en mettant en tutelle les pauvres élus consentants de ce qu'il reste des petites communes rurales dévitalisées du Pays gâtinais ! Cette sorte de hold-up portera sur l'essentiel des cinquante millions d'Euros. Ils seront pris dans la poche de tous les contribuables pour ne pratiquement rien changer à la pollution générée par quelques uns.
On connaissait les pompiers pyromanes. Le Pays gâtinais, manipulé, en s'acoquinant ainsi, vient d'inventer les pyromanes pompiers.
Une des rares vues des sept écluses de Rogny (Yonne), en 1872, lorsqu'elles fonctionnaient encore. A la frontière du "Pays gâtinais" et de ses pollutions agricoles, le haut bassin du Loing a totalement été ignoré par le fameux "Contrat".
Merci au blog d'Annie-France Gaujard qui l'a publiée



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