4589.fr a déjà exprimé à plusieurs reprises tout le bien qu'il pensait de la remarquable équipe de chercheurs et d'historiens qui cultivent leur amour de la région à la Société d'Emulation de l'Arrondissement de Montargis, à l'association Epona de Triguères, aux éditions de l'Écluse de Châtillon-Coligny, le tout se retrouvant sur leur excellent site :
http://perso.orange.fr/gatinais.histoire/
Parmi leurs plus hauts faits, du collectage et des recherches sans cesse enrichies sur ce qu'ils appellent "l'ancien parler gâtinais". Ainsi publient-ils sur Internet un riche glossaire sans cesse complété auquel chacun peut se référer et contribuer.
Pour y renvoyer, nous avons sélectionné dans leurs listes les mots que, enfant, l'auteur de ces lignes, qui ne va pas tarder à friser la soixantaine, a entendu dans la vallée du Loing dans la bouche de ses arrière-grands parents, grands parents, parents et voisins. Des mots de poésie, de nostalgie et effectivement d'amour de la région. Florilège, rien que pour la lettre A :
· ABATTEUX D'OUVRAGE. Glossaire du Centre : fort et courageux ouvrier qui fait considérablement de besogne. Trésor de la Langue française : expression calquée sur abatteux de bois (bûcheron), au début de notre siècle ce mot est remplacé par : bûcheur (de bûcheron également).
· ABREOUAIRE prononciation de "abreuvoir
· AGOUANT : dur, désagréable : "Que cet enfant est agouant !" Glossaire du Centre : agouant : déplaisant, fâcheux, importun. Trésor de la langue française : terme dialectal attesté dans la région du Centre, au sens de déplaisant, par extension : insupportable, agaçant ; vient du verbe agouer, racine latine : a gaudiente : qui ne réjouit pas.
· AH ! L'LA FAUT-Y ! (prononcer alla, comme l'Allah des Musulmans) Interjection pour : Hélas quelle pitié ! Cette phrase classique concluait un commentaire sur une misère humaine, elle précédait en principe un long silence de réflexions de la part des partenaires.
· AJETER : prononciation de acheter : J'ajète, j'ajeterai, etc. (Glossaire du Centre).
· ALLANT (il est bin) = habile dans son travail, plein d'activité, de vigueur. "Il est encore fort allant, malgré son âge".
· ALLE pour elle (pronom personnel 3e personne). S'emploie lorsque le verbe commence par une voyelle : "Alle est venue" "Alle est allée à la ville".
· ALLER : conjugaison du présent : J'vas, tu vas, y va ou a va, j'vons ou j'allons, vous allez, y vont ou a vont.
· APPATER (v.) nourrir abondamment, faire un bon repas
· APRES = le long de. Usité en Gâtinais et Berry. "Monter après un mur", "Mettre l'échelle après l'arbre". Se disait également à la fin d'une phrase où figure un pronom personnel "Je lui ai couru après", "On nous a crié après". "Pensez à cette ingratitude, que Dieu, vous ayant toujours couru après pour vous sauver, vous avez toujours fuy devant luy, pour vous perdre". (Saint François de Sales) (Glossaire du Centre)
· ARCANDIER mot classique en Gâtinais. Selon le Glossaire du-Centre, un arcandier est un petit commerçant qui fait tous les métiers, et, en général, qui tire le diable par la queue. Selon le Dictionnaire historique des argots (Larousse), ce mot, passé aujourd'hui dans l'argot, désigne un brocanteur louche et errant et arcander = lésiner. En Gâtinais, en langage rural, un arcandier était un touche-à-tout, mais peu qualifié, un ouvrier qui peine pour faire du mauvais travail…
· ARCANDER = peiner, faire un travail avec difficulté. Vient du vieux français aricander = peiner.
· ARDILLON (un) = toute chose pointue: "la langue du serpent a deux ardillons".
· AREUILLÉ ou AROEILLÉ : éveillé, l'oeil vif, les manières alertes, qui n'a pas froid aux yeux. Glossaire du Centre : aroeiller = regarder avec convoitise. "Un enfant qui s'areuille" = qui ouvre les yeux à la vie, sourit, reconnaît.
· ARRETER se prononce AR'TER. En français, ce verbe ne s'emploie que dans le sens de cesser momentanément de marcher, d'agir, de parler. En vieux parler Gâtinais, il avait également plusieurs sens. Pour inviter un enfant à rester en place : "Veux-tu ar'ter" (veux-tu rester tranquille). On disait aussi : "C't' homme est bin actif, il travaille toujours, il n'arrête pas". "Sa maladie a empiré, il est arrêté". "Je n'arrêterai pas à venir, à répondre" (pour tarder) (Glossaire du Centre)
· ARPENT (un): mesure agraire valant 100 perches ou 30 toises carrées. Cette mesure variait selon les régions (de 30 à 51 ares), elle existait au XIe siècle (arpenz) ; mot emprunté au latin arapennis ou arepennis, mesure agraire gauloise. "Tel est riche avec un arpent de terre, tel est gueux au milieu de ses monceaux d'or" (Julie, J.J.Rousseau) (Glossaire du Centre)
· ASSITER (s') pour s'asseoir. Ce verbe a des variantes : S'assir, s'assietter, s'assieser. "Assoyez-vous donc", "assitez-vous", "sitez-vous don là", "assistez-vous !" (Glossaire du Centre)
· ATTELEE (une) portion de travail, de journée ; terme emprunté aux charretiers à chevaux et appliqué aux journaliers eux-mêmes. "J'n'ai pu faire ce travail ce matin, je le ferai à la seconde attelée." (Glossaire du Centre)
· ATTIFIAUX (des): colifichets, toute espèce de parure avec laquelle on s'attife. Dans le dictionnaire : ornements de dentelles, de rubans. Dans celui de Trévoux (1704) : des ornements de pacotille. Dérivé de attifé, avec la suffixe -iau (peut-être par attraction de affutiaux).
· AUBIER (un): du latin albus, désignait le saule. "...Les deux roys, ayant leurs espées au costé, estoit entre eux un petit ruisseau, appelé le Gué d'Amours, auquel y avoit un aulbier creux..." (Histoire du Berry, Chaumeau). "Laisse, ô vallon natal, incessamment plus beau, Aujourd'hui ma patrie, et demain mon tombeau, Laisse moi sous l'aubier, si cher à ma mémoire, Des amours envolés, ressusciter l'histoire." (Exil au pays, H. de Latouche 1785-1851) (Glossaire du Centre).
· AUTANT COMME AUTANT = tant et plus. Locution exprimant une très grande quantité. Notre paysan du Gâtinais, venant à la foire de la Madeleine vers la fin du siècle dernier, admirant les milliers de moutons parqués sur le Pâtis, ne pouvant en évaluer le nombre, pouvait dire à son retour : "Y en avait autant comme autant !"
· AU : article que l'on employait pour : chez. "J'vas au coiffeur, au médecin, au maréchal…"
· AVOINDRE . Déformation locale de aveindre = atteindre, saisir quelque chose : "J'peux pas l'avoindre, c'est trop haut !", "J'l'ai pas avoindu". Aveindre (Acad. 1798) : "aveignez ce livre, ces papiers de dessus cette tablette." Acad. 1835 : atteindre quelque chose avec effort : aveindre du linge. "Dans les révolutions, même en apparence, rétrograde, il y a un pas de fait, une lumière acquise pour aveindre quelque vérité." (Etudes historiques, Châteaubriand) Ce verbe, remplacé aujourd'hui par atteindre, eut une existence propre (l'hypothèse d'une influence de atteindre n'est pas invraisemblable). Fin du XIIe siècle : avoindre = parvenir à. XIVe siècle : adveindre = tirer un objet hors du lieu où on l'avait placé. Dérivé du latin : advenire. Alors que ce verbe disparaît de notre langue, il demeure intact au Canada : "Elle aveignit un large mouchoir." (Le Survenant, 1945, G. Guevremont). Aveindre quelqu'un = le rejoindre : "Il s'est sauvé, mais la police a fini par l'aveindre". S'aveindre de quelque chose = se tirer de quelque chose : "Ma jument a calé dans un trou, a s'est aveindue, mais ça forcé" (Trésor de la langue franç.)
[Communication de Michel Costes, New York (juillet 2005) : ma mère née en 1910, originaire de Ladon, m'a dit qu'elle avait entendu le mot "aouinduse" à propos d'une balle qui avait été lancée et qui s'était logée dans un endroit difficile à atteindre mais qui avait été finalement "aouinduse" (atteinte).]
· AVOIR (verbe). Conjugaison du présent : j'ons ou j'avons, t'as, il a ou alle a, ont a, vous avez, y z'avont ou a z'ont. Imparfait : j'avions. imparfait pluriel : nous aviômes, pour nous avions - Futur : j'arai -
"Tout grous monsieur qu'il est, il seroit par ma figure nayé, si j'n'aviommes été là." (Don Juan, Molière)
Pour terminer, une citation, puis traduction de ce bon vieux Gaston Couté, né à Beaugency (Loiret) en 1880, adepte du patois orléanais et toujours prompt à l'enrichir !
LE GAS QU'A MAL TOURNE |
Dans les temps qu'j'allais à l'école, - Oùsqu'on m'vouèyait jamés bieaucoup, - Je n'voulais pâs en fout'e un coup ; J'm'en sauvais fér' des caberioles, Dénicher les nids des bissons, Sublailler, en becquant des mûres Qui m'barbouillin tout'la figure, Au yeu d'aller apprend' mes l'çons ; C'qui fait qu'un jour qu'j'étais en classe, (Tombait d' l'ieau, j'pouvions pâs m'prom'ner !) L'mét'e i'm'dit, en s'levant d' sa place : "Toué !... t'en vienras à mal tourner !"
Il avait ben raison nout' mét'e, C't'houmm'-là, i'd'vait m'counnét' par coeur ! J'ai trop voulu fére à ma tête Et ça m'a point porté bounheur ; J'ai trop aimé voulouér ét' lib'e Coumm' du temps qu' j'étais écoyier ; J'ai pâs pu t'ni' en équilib'e Dans eun'plac', dans un atéyier, Dans un burieau... ben qu'on n'y foute Pâs grand chous' de tout' la journée... J'ai enfilé la mauvais' route! Moué ! j'sés un gâs qu'a mal tourné !
A c'tt' heur', tous mes copains d'école, Les ceuss' qu'appernin l'A B C Et qu'écoutin les bounn's paroles, l's sont casés, et ben casés ! Gn'en a qui sont clercs de notaire, D'aut's qui sont commis épiciers, D'aut's qu'a les protections du maire Pour avouèr un post' d'empléyé... Ça s'léss' viv' coumm' moutons en plaine, Ça sait compter, pas raisounner ! J'pense queuqu'foués... et ça m'fait d'la peine Moué ! j'sés un gâs qu'a mal tourné ! |
Et pus tard, quand qu'i's s'ront en âge, Leu' barbe v'nu, leu' temps fini, l's vouéront à s'mett'e en ménage ; l's s'appont'ront un bon p'tit nid Oùsque vienra nicher l' ben-êt'e Avec eun' femm'... devant la Loué ! Ça douét êt' bon d'la femme hounnête : Gn'a qu'les putains qui veul'nt ben d'moué. Et ça s'comprend, moué, j'ai pas d'rentes, Parsounn' n'a eun' dot à m'dounner, J'ai pas un méquier dont qu'on s'vante... Moué ! j'sés un gâs qu'a mal tourné !
l's s'ront ben vus par tout l'village, Pasqu'i's gangn'ront pas mal d'argent A fér des p'tits tripatrouillages Au préjudic' des pauv'ers gens Ou ben à licher les darrières Des grouss'es légum's, des hauts placés. Et quand, qu'à la fin d'leu carrière, l's vouérront qu'i's ont ben assez Volé, liché pour pus ren n'fére, Tous les lichés, tous les ruinés Diront qu'i's ont fait leu's affères... Moué ! j's'rai un gâs qu'a mal tourné !
C'est égal ! Si jamés je r'tourne Un joure r'prend' l'air du pat'lin Ousqu'à mon sujet les langu's tournent Qu'ça en est comm' des rou's d'moulin, Eh ben ! I' faura que j'leu dise Aux gâs r'tirés ou établis Qu'a pataugé dans la bêtise, La bassesse et la crapulerie Coumm' des vrais cochons qui pataugent, Faurâ qu' j'leu' dis' qu' j'ai pas mis l'nez
Dans la pâté' sal' de leu-z-auge... Et qu'c'est pour ça qu'j'ai mal tourné !...
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Gaston Couté (1880-1911)
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Apponter - S'apponter = Arranger - S'arranger.
Atéyier = Atelier.
Bisson = Buisson.
Licher = Pour lècher, boire, avaler.
Loués = Pour lois.
Méquier = Métier.
Qu'appernin = Pour " qui apprenaient ".
Sublailler = Siffloter (de sublet pour sifflet, subler pour siffler). |
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