La jeunesse de Charybde en Scylla. (16/11/2010)
Nous avons déjà plaisanté ici de Martin Hirsch, de plus en plus en échec, passé de l'Abbé Pierre à la Bérézina d'un RSA et d'un Service civique n'ayant pas les moyens de leurs ambitions.
Il nous faut plus gravement encore constater aujourd'hui que le département ministériel de la Jeunesse tombe de Charybde en Scylla.
Cette expression venue du 14ème siècle évoque les deux monstres de la mythologie grecque, Charybde, fille de Poséidon et de Gaïa et Scylla, nymphe devenue monstre marin, qui personnifient un tourbillon et un récif du détroit de Messine, entre Italie et Sicile. On n'échappe à l'un que pour se fracasser sur l'autre. Comme l'écrivait délicieusement La Fontaine, d'un mal on tombe "dans un pire".
Où nous conduit donc et que présage le tourbillon des "ministres" français de la jeunesse ?
Nous ne tomberons pas forcément de Charybde en Scylla matière de personne; l'avenir le dira. Mais on y tombe évidemment en matière de désinvolture (quatre "ministres" depuis 2007), de basses man½uvres (on déshabille la Halde pour mieux finir de la tuer) et d'effets de cour (une jeune beurette UMP maintient le flambeau d'une diversité qu'on assassine par ailleurs en liquidant Rama Yade ou en promouvant un ministre condamné en première instance pour injure raciale !).
Vrai faux Ministère que la jeunesse, dans l'État français, parti du sous-secrétariat d'État émancipateur de Léo Lagrange en 1936 pour passer, sous Nicolas Srkozy, à Roselyne Bachelot et Bernard Laporte (vingt mois) puis à Martin Hirsch (quatorze mois), puis à Marc-Philippe Daubresse (moins de neuf mois) et enfin, depuis dimanche, à Jeannette Bougrab.
Elle ne sera que secrétaire d'État à la Jeunesse et à la vie associative là où Daubresse était Ministre de plein droit et où Martin Hirsch avait décidé d'être Haut-commissaire. Elle sera rattachée à Luc Chatel, "ministre de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative", un peu comme le fût Luc Ferry.
Le titre, en régression donc est important mais plus encore la chose. La jeunesse est dans toutes les bouches comme un produit d'appel, de la Lettre de Rama Yade, en disgrâce, aux priorités affichées dans les discours de François Hollande, en passant par l'Agence du service civique où Martin hirsch est lui même exilé désormais, pour crime de lèse-majesté des conflits d'intérêts.
La jeunesse, une fois de plus, est un objet transitionnel dans des jeux qui l'exploitent et la dépassent : le cynisme, la mode, l'électoralisme, les discriminations et la démagogie principalement.
La "jeunesse réelle", tout comme on parle à présent d'"égalité réelle" est mal vue, en déshérence morale, au chômage, en pauvreté, en précarité, dans un doute existentiel qui la précipite pour partie dans la consommation, l'autodestruction, l'égotisme, l'asocialité... Alors même - heureusement, que de très nombreux jeunes en témoignent - qu'elle peut et veut être toute le contraire : engagement, générosité, abnégation solidarité, désintéressement, dynamisme, créativité, innovation...
Souhaitons que la juriste Bougrab, nonobstant des moyens budgétaires dérisoires, multiplie les droits des jeunes, dure aussi longtemps que ses prédécesseurs Maurice Herzog, Joseph Comiti ou Marie-George Buffet, inverse la tendance et pousse du bon côté, hors des tempêtes dont elle souffre ou dont elle est capable, la jeunesse de France.
Ce n'est pas gagné ?

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