Dans l'excellent mensuel Alternatives Economiques, n°280, de Mai 2009, qui publie un dossier très riche intitulé Chômage: les jeunes en péril, le journaliste Franck Seuret fait le point sur le service civique. Édifiant, à l'heure où un Haut commissaire est en mal de « grande politique » de la jeunesse et où notre modèle de société est à réinventer.
Le service civique c'est comme Dieu ou la participation des habitants. Plus on en parle moins on le voit.
On l'invoque depuis longtemps pourtant. Depuis la fin du service militaire en 1996. Depuis les discours de Jacques Chirac après les émeutes populaires des jeunes en 2005. Depuis, à la même époque, l'appel pour un service civique obligatoire lancé par l'hebdomadaire La vie et signé notamment par 300 députés et 112 sénateurs. Une dizaine de projets de lois en ce sens ont d'ailleurs été déposés. Depuis les dernières présidentielles quand Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou l'avaient promis.
D'autres pays européens montrent l'exemple. 150.000 jeunes allemands effectuent annuellement un service civil volontaire de 9 mois pendant que les autres optent pour un service militaire. En Italie, environ 50 000 garçons et filles de 18 à 28 ans, soit 10 % d'une classe d'âge, s'engagent chaque année pour douze mois dans des projets collectifs d'intérêt général.
En France, les actes sont loin des mots. L'État, via l'Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances (Acsé), cofinance royalement... 2500 postes par an ! Au grand dam des associations de volontariat qui croulent sous les demandes, même s'il ne s'agit pas d'un mouvement de masse...
Pour que la société et ses jeunes se mobilisent en ce sens, il faudrait deux choses qu'on peut espérer, à défaut d'y croire vraiment, tant notre jeunesse est méprisée par le pouvoir.
- 1. que notre Haut commissaire à la jeunesse et le Gouvernement se saisissent en grand de cette «arme anti-crise» (Martin Hirsch) pour servir une «grande politique de la jeunesse» (ibid), faute d'avoir mis en œuvre, à ce jour, de grandes politiques d'éducation, d'enseignement et d'emploi pour les jeunes...
- 2. que le futur service soit obligatoire, en lui donnant le temps, les moyens, les modalités pour ne pas prendre les jeunes à rebrousse-poil, leur «vendre» du sens à leur vie et un projet de société solidaire plutôt que de leur laisser craindre le retour des corvées. Cela suppose naturellement que les conditions statutaires de ce service civique soient au moins équivalentes à celles de l'actuel service volontaire.
Seule l'obligation permettrait de qualifier tous les jeunes en les éduquant concrètement aux pratiques de la citoyenneté, de la solidarité et de l'utilité sociale. De valoriser non seulement leurs parcours mais aussi leur rôle irremplaçable pour soigner et guérir notre société malade. De lutter quantitativement et qualitativement contre le chômage tout en volant au secours de services publics, de collectivités locales et d'un monde associatifs appauvris. De mobiliser tout autant ceux qui vont vers une certaine réussite sociale que ceux qui galèrent, les uns et les autres ayant une plus juste vision du monde à gagner dans l'aventure, au bout du monde, de l'Europe ou de leur rue...
Ce serait surtout, nous l'avons dit promouvoir un nouveau projet de société qui troquerait un peu de liberté des jeunes contre un modèle plus égalitaire, plus altruiste et plus fraternel.
Et si l'effondrement du capitalisme financier donnait une nouvelle chance à une telle utopie, hier ringarde et à notre jeunesse vouée, autrement, à trop de consommation ou de frustration moroses ?
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