Dans mon canton, l'association d'aide à domicile, fédérée à l'UNA, traverse une grave crise de crédibilité. Comme élu et comme militant associatif, je tente de participer à sa résurrection. Dans le même temps, il semble que d'autres élus locaux préfèrent encourager l'implantation sur le canton de la société Adhap services, du groupe AXA ! Mon sang n'a fait qu'un tour et j'ai rédigé l'article ci-dessous, que les deux hebdomadaires locaux, L'Eclaireur du Gâtinais et Le Journal de Gien, ont bien voulu publier dans leurs éditions du 23 avril.
Rappelons qu’un maintien à domicile de qualité et réussi répond à une demande très forte des personnes concernées et permet de soulager un système des soins hospitaliers et des maisons de retraite très débordé par la demande. La sécurité sociale et les mutuelles y trouvent aussi très largement leur compte.
Rappelons encore que ce système est très largement financé par de l’argent public, soit à travers des versements comme l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) du Conseil général, soit à travers des déductions fiscales qui, par définition, privent les pouvoirs publics de ressources qui pourraient être mises à la disposition de l’intérêt général.
Rappelons enfin qu’il y a une différence fondamentale entre une association d’aide à domicile qui n’a pas de but lucratif et réinvestit localement ses excédents dans son projet philanthropique et la succursale franchisée d’une grande société privée nationale du groupe AXA positionnée sur ce marché pour faire des profits et rémunérer des actionnaires avec l’argent public que nous évoquions.
C’est pour toutes ces raisons que, en tant qu’élu local comme en tant que militant associatif, contrairement à un hebdomadaire gâtinais, je ne saurais me réjouir trop de l’arrivée, à Châtillon-Coligny, d’une entreprise prédatrice d’un marché local actuellement en crise du fait, sans doute, des errements d’une fédération et d’une association locale mais aussi du fait de l’inaction préalable des élus .
J’espère donc qu’aucun élu n’a facilité ni ne facilitera une implantation commerciale tout à fait possible et légitime dans une économie de marché, mais qu’il faudrait être bien naïf et bien dépourvu de sens politique pour encourager. En effet :
· En divisant et surtout en écrémant le marché d’un canton de 10.000 habitants seulement, ce qui est présenté comme une saine concurrence risque de priver l’association en place des moyens de se restructurer rapidement. Le risque est grand de voir cohabiter demain une association d’aide à domicile pour les plus pauvres privée des recettes apportées à la société privée par les clients les plus solvables qu’elle ciblera en priorité. Dans ces conditions, la réussite du projet solidaire de l’une et la rentabilité du capital de l’autre ne seront pas assurées.
· Les créations d’emploi annoncées relèvent aussi de l’utopie, voire de l’intoxication. La demande, même croissante, sera au départ la même et c’est tout au plus à des débauchages d’aides à domicile qualifiées travaillant pour l’association actuelle qu’on assistera. Sous réserve que les emplois proposés soient de qualité, alors que c’est la précarité qui l’emporte habituellement chez les marchands d’aide concernés. Là aussi, les élus locaux dont je suis peuvent battre leur coulpe pour, en dehors de la Maison familiale de Sainte-Geneviève-des-Bois, avoir négligé pour l’instant la constitution sur le canton d’une offre de formation et d’insertion professionnelle sérieuse, en particulier dans les métiers porteurs de l’aide à la personne.
· Quand au professionnalisme, à la qualité des prestations et à la bonne gestion supposées de la société commerciale arrivante , ils sont et demeurent à la portée de l’association existante, malgré ses dérives passées, pour peu que les élus le souhaitent, l’organisent et ne lui mettent pas trop de bâtons dans les roues. D’autres associations locales, comme Solidarité emploi gâtinais (SEG) par exemple, ont montré qu’après des périodes de crise, on pouvait se redresser, se professionnaliser et travailler main dans la main avec les élus, au service du bien public.
Espérons donc que, comme pour les français en général, la crise du capitalisme financier conduise nos décideurs locaux à ne jamais confondre une association sans but lucratif relevant de leur influence comme de l’économie sociale et solidaire et une société privée lucrative marchandisant la solidarité et s’abattant à la manière d’un vautour sur un service public malade et mal délégué. La renaissance de celui-ci, avec l’ aide des forces vives du canton, demeure possible et plus que jamais souhaitable.

Les commentaires récents