Le pouvoir a peur de jeunes qui ont peur de l'avenir (21/03/2009)
Suite à la crise du système financier et face à l'explosion du chômage des jeunes, y compris, cette fois, les plus qualifiés que nul grande firme n'embauche plus suffisamment, Martin Hirsch, le Gouvernement et l'Elysée planchent sur une question compliquée : comment lancer un plan pour l'emploi des jeunes qui ne coûte pas cher et qui n'encoure pas les mêmes reproches que feu le Contrat Première Embauche (CPE) ? Encore plus compliquée quand c'est la peur qui dicte les lois et qu'on est conduit à proposer ce qu'on rejetait hier...
Avec les jeunes, vient de rappeler Brice Hortefeux, ministre des affaires sociales, "il suffit d'une étincelle pour que tout s'embrase". Bien vu. De fait, la motivation essentielle du pouvoir pour un "plan de relance jeunes" semble plus la peur de la colère des jeunes que la sollicitude pure envers leur désarroi. Du coup, plus aucune hésitation, y compris pour le Président Sarkozy : on reparle "contrats aidés", primes, formations payées par l'État, bref d'un traitement social du chômage hier encore voué aux gémonies par les libéraux aux abois qui nous gouvernent.
C'est à la même "pétoche" qu'il faut attribuer les récents reculs des Ministres Darcos et Pécresse sur les réformes lycéennes, universitaires et la formation des maîtres.
De fait, les 16-25 ans semblent les premières victimes du gel des embauches. "C'est un problème qui est devant nous, c'est celui de la rentrée de septembre", explique au Monde Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée.
Martin Hirsch est sur la brèche et bombe le torse. Le Haut commissaire qui, avec 150 millions d'euros seulement, lance un programme d'expérimentations en faveur de la jeunesse met son poste dans la balance pour obtenir des moyens plus importants et fait flèche de tous arguments. Parfois intéressants : "si on fait dans le même esprit que pour les infrastructures un investissement sur la jeunesse dans les secteurs économiques qui en ont besoin, on améliore la compétitivité de la France sur son point le plus faible depuis 20 ans, le taux d'activité des jeunes". Parfois pitoyables quand il médiatise l'embauche par ses soins du jeune chômeur qui s'était proposé sur E-bay.
Des propositions sont annoncées. Martin Hirsch réfléchit, selon Le Monde, à"un système où une entreprise formerait un jeune la première année du contrat de travail contre l'engagement pris par celui-ci de rester au moins trois ans dans la branche d'activité".
On ne peut que lui déconseiller aussi ce genre de pistes où les entreprises sont plus gagnantes que les jeunes, contraints et soldés. Mais gageons qu'il se souviendra du CPE.
Plus intéressante, faute de mieux, la piste d'ouvrir le RSA aux jeunes et d'autres en faveur de leur autonomie financière.
Plus intéressant encore serait un gouvernement qui, au lieu de redouter les jeunes, leur ferait confiance et les aiderait à prendre des responsabilités dans les initiatives anti-crises : entreprises à secourir ou à créer, solidarités à développer, échanges internationaux à multiplier, nouvelles technologies et énergies nouvelles à inventer et à booster, nouvelle culture à accoucher, développement local ou des pays du Sud, micro-finance pour relayer la "maquereaux économie", réaménagement durable du territoire... Les idées peut coûteuses ne manquent pas pour que, particulièrement à travers l'économie sociale et solidaire, les jeunes entreprennent un monde nouveau.
Las, ni l'économie sociale ni les jeunes ne sont au pouvoir; c'est même tout le contraire. Le vieux monde en a peur et leur résiste. Il est dans son rôle. Mais, derrière le château de cartes libéral qui s'effondre, n'en aperçoit-on pas, en ce printemps, la fin ?

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