AFEV et BNP : la débâcle des sentiments (20/02/2009)
A l'heure où s'écroule le château de cartes de la finance mondiale et hélas de l'économie ainsi que, sans doute, le peu de cohésion sociale qui nous restait encore;
à l'heure où les guadeloupéens rappellent aux métropolitains abasourdis que la France a encore d'impitoyables colonies où les jeunes désespèrent encore plus qu'en Europe, un autre choc nous a saisi.
La Fondation étudiante pour la ville (AFEV), une récente et déjà grande, valeureuse et très utile association d'éducation populaire spécialiste de la mobilisation d'étudiants pour le soutien scolaire bénévole de jeunes en difficultés, diffuse un tract commun avec la BNP.
Cette "offre de bienvenue réservée aux bénévoles de l'AFEV" leur propose des avantages pour ouvrir un compte et est sous-titrée : "BNP Paribas s'engage aux côtés des jeunes qui s'engagent"
Qu'une banque, celle là ou une autre, tente de redorer son blason terni, à faire oublier sa cupidité, ses manœuvres dans les paradis fiscaux et sa propension à acheter et vendre n'importe quel titre financier au mépris du travail ou du chômage des hommes et des femmes qui en paient le prix réel est certainement, de son point de vue, légitime et bien joué en termes de communication.
Qu'une association de jeunesse et d'éducation populaire cherche à se financer avec de l'argent privé alors que les finacements d'Etat sont depuis longtemps en chute libre, c'est aussi certainement justifié, légitime et habile.
Mais le télescopage du cynisme de la famille des maîtres et sabordeurs du monde qui s'achètent à bon compte une virginité sociale avec l'alibi d'aider les jeunes défavorisés d'une part, de la compromission d'une association qui sert la soupe à ceux-là même dont le lucre est la seule loi et qui portent ainsi une lourde responsabilité dans la relégation sociale et la pauvreté contre lesquelles lutte l'AFEV d'autre part, n'en sont pas moins choquantes, voire obscènes. Et, espérons le, révoltantes.
Non contre une banque et une association qui font leurs besognes mais contre un système qui oblige l'une, dominante, à faire l'aumône pour glaner de la bonne image, des clients, des avantages fiscaux et qui pousse l'autre à collaborer et à mendier pour le compte des éternels dominés.
L'entreprise pseudo-citoyenne et les financements privés que se disputent de plus en plus les associations sur les marchés concurrentiel de l'émotion contre la misère et de poudre aux yeux médiatique ne nous jouent-ils pas cette "débâcle des sentiments" désespérée et désespérante que chantent en ce moment Stanislas et Calogero ?
Le rôle des associations n'est-il plus que de soulager des misères individuelles par des moyens charitables octroyés par des firmes honteuses ?
Leur partenariat n'est-il qu'une affaire de marchés et de dupes ?
L'État, la République et la démocratie ne seraient-ils pas mieux inspirés a jouer leur rôle d'aide aux personnes et aux organisations méritantes plutôt qu'à laisser se substituer à eux, via de l'argent défiscalisé, le cruel jeu sadomasochiste des entreprises et des associations éducatives, à travers un mécénat dont la principale fonction est de cautionner et de rendre supportable en l'état une société qui ne l'est pas ?
Stanislas et Calogero chantent :
Notre amour
Faute de combattants
De guerres lasses
A déserté le camp
Drapeau blanc, nous battons en retrait
On se rend, on ne compte plus les pertes
C'est la débâcle des sentiments
C'est la déroute des faux-fuyants
Signons le pacte sans faux-semblants
On n'a plus le cœur à se battre
C'est la débâcle des sentiments
C'est la déroute des faux-fuyants
Signons le pacte sans faux-semblants
Autant en finir sur le champ...

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