Rassérénante Barbara Hendricks (20/02/2008)
Dans son numéro du 7 février, l'hebdomadaire Challenges publiait, sous le titre Barbara Hendricks défie les règles de l'industrie, une interview rassérénante de la cantatrice (article toujours en ligne sur le site).
Rassérénante quand une personnalité de cette ampleur se tourne vers les jeunes, reprend à son compte et surtout met en œuvre le discours de l'économie sociale et solidaire.
"Ambassadrice" auprès du Haut commissariat pour les réfugiés de l'ONU, venue chanter sous les bombes à Sarajevo en 1999, créatrice d'une Fondation pour la paix et la réconciliation, citoyenne engagée, victime dans son enfance de la discrimination des noirs aux USA, fille de la pensée de Martin Luther King, elle vient de lâcher la major EMI qui diffusait ses enregistrements et de créer le label musical et le site Arte Verum où on peut l'entendre et télécharger... au prix qu'on veut !
"Les grands groupes, dit-t-elle, se sont lancés dans une recherche frénétique de ce qui se vend, exigeant une rentabilité anormale pour l'univers du classique. Leur souci n'est plus la musique et les artistes, c'est la pression du court terme, imposée par des financiers qui ne savent rien de la création, mais qui décident à la place de l'artiste. Pour un peu, ils me demanderaient de faire «Schubert Sexy» ou «Schubert et Jazz», parce que ça se vendrait mieux. Et pourquoi pas poser topless sur les pochettes ?»
Comme, avant elle, le groupe Rock Radiohead, elle produit et distribue désoermais ses enregistrements sur Internet avec un prix libre. Elle a ainsi vendu, déjà, 11.000 albums au prix moyen de 7,23 €.
Un pied de nez plus que bienvenu à l'industrie phonographique qui, au nom de ses propres royalties, n'a que la protection des artistes à la bouche alors qu'en fait elle les exploite et les écrase tandis qu'elles nous inonde et nous abrutit de médiocrité.
Un coup de chapeau aux jeunes internautes aussi, ceux qu'on traite de pirates alors qu'on leur refuse l'accès à la culture à un prix équitable qu'ils seraient dans l'ensemble tout à fait prêts à payer. «Je voulais dire aux jeunes que la musique classique effraie : vous n'osez pas venir vers moi, alors moi, je viens vers vous. En retour, j'espère qu'ils se diront : «elle n'est pas toute jeune, la mamie, mais elle est moderne».
Arte Verum : "dans l'art, la seule chose qui compte, c'est la vérité", conclut la grande soprano.
Une leçon, une master class très classe dans l'univers du fric ! Merci Madame.

absolument d'accord. Et c'est une grande qui montre l'exemple !
Rédigé par : Caroline | 20/02/2008 à 10:35