On a du mal à le croire : la haute vallée du Loing possède au moins un château fort presqu'inconnu, absent en tous cas de toute signalétique et de tout guide touristique.
Plus étonnant encore, le château était plus connu vers 1900 qu'aujourd'hui puisque plusieurs cartes postales anciennes lui ont alors été consacrées.
Il s'agit du château de l'Infernat d'en haut, à Saint-Maurice-sur-Aveyron.
Son histoire est à relier à deux autres que nous avons déjà abordées : dans la même commune, l'abbaye de Fontainejean et, plus largement, l'extraordinaire histoire de la famille de Courtenay.
Nous nourrissons ci-dessous sa description de ce qu'en écrit la "base Mérimée" du Ministère de la culture qui, en plus de 160.000 fiches, recense le patrimoine monumental français dans toute sa diversité : architecture religieuse, domestique, agricole, scolaire, militaire et industrielle. Elle est en accès libre sur Internet :
http://www.ecm.culture.gouv.fr/documentation/merimee/accueil.htm
Nous illustrons aussi nos propos par des photographies très récemment réalisées par 4589.fr, avec l'aimable permission des actuels propriétaires privés du château. Ils l'ont acquis il y a bien des années auprès de la mairie de Saint-Maurice sur Aveyron qui n'y voyait alors qu'un tas de cailloux sur lequel chacun ne manquait pas de se servir pour récupérer des pierres, à commencer par les plus belles…
Le château fort aurait été construit vers 1150 par Renaud de Courtenay, le fils de Miles (ou Milo ou Milon) de Courtenay (vers 1069-1127) qui avait fondé en 1124 l'abbaye cistercienne de Fontaine-Jean où il fût inhumé vers 1128.
A cette époque des croisades, tandis qu'une partie de la famille régnait sur le Comté d'Edesse et le royaume de Jérusalem comme elle règnera plus tard à Constantinople, Renaud de Courtenay (vers 1127-1194), lui, était le seigneur des fiefs de Courtenay, Champignelles, Château-Renard, Saint-Maurice-sur-Aveyron, Bléneau, Tanlay, Chantecoq…
En 1147, Renaud de Courtenay, époux d'Hélène du Donjon, et son frère Guillaume étaient partis avec la deuxième croisade derrière le roi Louis VII (vers 1120-vers 1180) et son fils Pierre de France. Guillaume y mourra, Renaud en reviendra.
Sa fille Elisabeth épousera en 1150 Pierre de France, le frère de Louis VII.
Déjà puissants et nantis de Châteaux, les Courtenay ayant fait leur entrée dans la dynastie capétienne, ont vraisemblablement doté alors leur fief de Saint-Maurice du refuge fortifié que l'insécurité des temps imposait. Près de l'abbaye de Fontainejean, élevé sur le plateau qui domine l' étroite vallée de l' Aveyron (autrefois le Laveron), le château était rectangulaire, enveloppé dans une enceinte et de larges douves profondes. L'enceinte était ponctuée de tours.
A l' angle nord-ouest s' élevait un donjon protégé par ses propres douves qui communiquaient avec celles du château ; de forme octogonale et de plus de 20 mètres
de diamètre, ce donjon présentait des galeries intramurales et à chaque angle, une tourelle ronde. La porte d' entrée à l' ouest était encadrée par deux autres tours.Le donjon présentait des murs de 3 mètres d'épaisseur construits en solide maçonnerie de moellons, de silex et de nombreuses décorations de pierre.
Ces impressionnants moyens de défense justifient l'appellation d'"infernat" d' en haut, par opposition à l'"infernat" d'en bas, autre château construit plus tard dans la vallée, face à l' église. De ce dernier château, il ne resterait rien. Nous irons le vérifier…
Plus tard, la seigneurie fut vendue à la famille des Bracque en 1373, puis aux Chabanne qui la mentionnent en 1456.
En 1550, la seigneurie appartint à l'amiral Gaspard II de Coligny.
En 1572, après sa mort, Catherine de Médicis, devenue propriétaire, ramena la paix à Saint-Maurice.
Les chanoines de l' église collégiale de Châtillon se réfugièrent au château de l'Infernat jusqu' en 1576, année où la paix fut signée et où les biens furent rendus à François de Coligny.
Les troubles de religion reprenant, Richelieu ordonna de prendre et raser la forteresse qui fut probablement détruite vers 1623.
En 1695, les terres de Saint-Maurice et de Châtillon passèrent à la famille Montmorency Luxembourg.
A la Révolution, le château devenu bien national ne trouva pas d' acquéreur et fut transformé en carrière de pierre !
En 1816, Charles Emmanuel de Montmorency Luxembourg racheta les ruines.
En 1868, le domaine passa au comte de Dauvet qui le vendit à Salmon, maire de la commune de 1871 à 1905.
Celui-ci acheva de démolir les restes de l'enceinte, nivela les terrains, combla les douves qui, à l' ouest, devinrent le champ de foire.
Comme l'évoque l'ancien cadastre (ci-contre), le mail semble avoir repris le tracé des fossés de la basse-cour
Ce maire destructeur garda le donjon en l'état de ruine où il était et vendit les pierres de parement tombées dans les douves ; il créa un jardin et un verger sur la plate forme du donjon.
En 1907, la famille Villette acquit le domaine. Il fut rétrocédé plus tard à la Municipalité puis au propriétaire actuel.
Il ne reste donc que des vestiges mais ils demeurent imposants et, avec la partie subsistante des douves, ils composent un site très pittoresque d'intérêt touristique et historique majeur.
Heureux, conscients de posséder une merveille, mais quelque peu embarrassés, les actuels propriétaires maintiennent le site propre en contenant la végétation. Ils ne sont pas organisés pour le faire visiter, sauf exceptionnellement et ne disposent pas des moyens d'arrêter le lent effritement des murailles.
L'État et les collectivités, voire des mécènes, des citoyens, des archéologues ne pourraient-ils pas se mobiliser pour, contre une ouverture même ponctuelle au public, faire revivre ou au moins empêcher de disparaître ce chef d'œuvre de l'architecture médiévale et cet atout touristique et donc économique oublié ?
Nous aimerions y contribuer.







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